Réunion du 31 octobre 2004 :
Rhône nord 1996 au pavillon de chasse du TGJP
Alors Daniel, paraît-il que Dorothée n'entend plus remettre les pieds à la VIP room ?
Nous, aux mines-de-sel, on la soutient à donf. On n'aime pas non plus les tenues rayées...
Rayures, site web imbécile, compte-rendus même pas faits dans la nuit... C'est vrai que c'est nul, mais le lièvre, ça me change de la pâte de coing...
Seigneur ! Et l'autre qui ne pense qu'à se goinfrer alors que la pauv' Dorothée s'échine à sauver nos âmes perdues...
Tu parles d'or. Depuis le dernier dîner, Dorothée a en effet perdu le sommeil...
... Elle est régulièrement et nuitamment visitée par un troll à rayures qui ne fait rien que la terroriser.
En ce dimanche 31 octobre 2004, la chasse battant son plein dans les lointaines contrées du marché d’Aligre, on décide d’exercer un nouveau prélèvement de Bug’s Bunny et de l’apprêter avec l’humilité & le respect qui sied à pareille bête sauvage. La VIP room est redécorée à la va-vite, en petit pavillon de chasse avec moultes trophées au mur, peaux de bêtes au sol et cheminée ardente. Au seul prononcé du nom de l’animal sacrifié, Corinne A. et Didier C. avancent brutalement leur retour à la capitale. Daniel G., en villégiature basque, abandonne sa famille et saute sans billet dans le premier TGV. Enfin écoutant leur instinct naturel, Odile et Emmanuel T. franchissent courageusement la Seine.

Apéro : diverses douceurs + Pinot blanc Barmès-Buecher 2000 Rosenberg de Wettolsheim + Gewurztraminer Weinbach 1993 Clos des Capucins cuvée Théo. Ce François Barmès est décidément un bien bon faiseur. Son Pinot Blanc est très aromatique, assez rond, bien pur et affiche un très bel équilibre. Y’a même une jolie finale. On passe au Gewurztraminer. Si le nez est superbe, la bouche est assez faible, de demi-corps comme on dit à la RVF. Pour la finale, on la cherche encore. Problème de bouteille, vieillissement ou millésime faiblard ?

Corinne A., tout miel, nous épate en soulignant «la finesse des tannins», «les saveurs lactiques» ou «l’évolution tertiaire» de telle cuvée. Puis, elle en vient au fait. Elle tente de négocier une promotion temporaire et surtout humble, comme Vice-Présidente du TGJP, pour épater ses copines de Suze-La-Rousse. Elle entend aussi qu’on place sur le site des photos plus en harmonie avec le respect dû aux grandes sommelières et surtout qu’on reste très discret sur cette petite affaire.

Entrée : risotto aux oignons rouges et aux fèves + Saint-Joseph Chapoutier 1996 Les Granits (40 euros*) + Cornas Tardieu-Laurent 1996 Vieilles vignes. Ce petit risotto par son caractère absolument inratable, est recommandé à tous les apprentis. Pour l’association avec ces rouges, ce n’est pas la meilleure idée. On commence avec un parcellaire appartenant en propre à Chapoutier. A ce stade, le nez est taisant. En bouche, l’austérité domine et la matière, bien qu’assez dense, ne semble pas totalement mûre. L’élevage reste présent avec une amertume appuyée en finale. Le Tardieu-Laurent révèle au nez un élevage classieux. En bouche, il est vraiment très déplaisant avec une amertume très appuyée et une matière assez décevante.

La tablée s’interroge alors sur la réalité de l’apport qualitatif en termes d’élevage de ce type de négociants haut-de-gamme, sur leur développement accéléré dans les appellations du sud de la France et sur le soutien dont ils bénéficient curieusement dans la presse spécialisée.

Plat de résistance : civet de lièvre et ses purées de panais et de céleri + Côte-Rôtie Gangloff 1996 + Côte-Rôtie Jamet 1996 Côte Brune (27 euros*) + Cornas Allemand 1996 Reynard (26 euros*). Le civet avec ses saveurs appuyées ramène la joie à table. L’association est excellente avec ces syrah du nord. Le Jamet dans sa version Côte Brune est une belle bête. La matière est très droite, fraîche, intelligemment élevée, charnue mais encore un poil austère. Le Cornas d’Allemand dans sa cuvée Reynard affiche un profil très naturel, avec un peu moins de densité, mais un fruit somptueux et là aussi une très grande fraîcheur. Il propose une autre esthétique, mais tout aussi séduisante. Agés de huit ans, ces deux vins délivrent déjà du plaisir mais sont surtout en tout début de carrière. Le Gangloff affiche des saveurs plus évoluées et une densité un peu moins affirmée. Mais, il est à ce stade un peu plus charmeur, avec en outre une jolie finale.

Dring, dring, dring… Tiens pour changer ce n’est pas mon ami Martial-du-Nez-de-Saint-Pierre, mais Le Bon Président himself. Il a bien tout lu le livre «La critique Vinicole en France - Pouvoir de prescription et construction de la confiance» de Jean-Luc F., Crémier officiel du TGJP et en trouve la rédaction dangereusement intelligente, voire brillante. Je conviens qu’on a sérieusement « merdé » en intégrant pareil énergumène au TGJP et qu’il faut agir sans désemparer. Corinne A. est convaincue de son titisme patent mais affirme que les MDS affichent déjà complet. Homme d’action, Daniel G. prône une exclusion aussi soudaine que définitive et en profite pour rappeler qu’il faut aussi trancher dans le vif, rapport au mystérieux complot des blouses blanches d’Hammamet. Le débat est animé.

Fromages, salade et dessert : tarte au citron + Sauternes La Tour Blanche 1989. Le Sauternes fait ami-ami avec une tarte au citron, que Les Pâtissiers jugent prétentieuse et que Corinne A. qualifie de «spécialité boulangère». Le liquoreux n’est vraiment pas l’extase. Il est marqué par un duel déplaisant entre une matière assez nette et dotée d’une jolie acidité et un boisé plus qu’appuyé, porteur de sécheresse en bouche. Il est deux heures du matin et en l’absence de cigare, on convient d’en rester là.
(*) tarifs départ propriété

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