Réunion du vendredi 31 octobre 2003 :
«Humilité & Respect pour le domaine Tempier au TGJP»

Pas moins de quatre « La Tourtine » et autres « Spéciale » du Domaine Tempier sont arrivées sur leurs petits pieds au donjon en ce vendredi, épuisées après un long voyage depuis leur Provence natale (Bandol). Des-amateurs-dignes-de-ce-nom, tant humbles que respectueux, sont convoqués de toute urgence pour constater et analyser pareil phénomène : les évadées, Thien T. & Corinne A., quatre membres réguliers du TGJP, Marie S., Pierre C., Didier C. et moi-même. Enfin compte-tenu de la faiblesse avérée de nos palais, nous nous attachons les services d’un super-expert en Bandol, Christian P. (il reconnaît tous les domaines et tous les millésimes des vingt dernières années à l’aveugle et même en dormant).

Fait-la-bouche & entrée : risotto au potiron (musquée de Provence) + Anjou blanc Richard Leroy 2001 Clos du Roulier (10 euros*) & Noël de Montbenault (12 euros*). Ce Richard Leroy est un diable d’homme. Le Clos du Roulier est exceptionnel : très sec, droit, pur, aérien, doté de fines saveurs de chenin et d’une finale impeccable. Le Montbenault est un peu plus dense, un poil plus mûr, mais encore un tout petit peu fermé ce stade. Partisans du boisé-à-écharde, du gras qui dégouline, de la sur-maturité, des finales sur notes de fruit de la passion et autres douceurs, s’abstenir !
Christian P. trouve que le risotto au potiron « ça en arrache vraiment » (sic), mais Pierre C. s’autorise une remarque sur la qualité du riz du risotto – du vialone nano de chez Ferron. Je tente de le contrer fielleusement en lui demandant des nouvelles de son établissement de restauration rapide sis 2, rue des Panoramas à Paris-même, baptisé de façon inattendue, « Au panorama gourmand ». Il a clairement préparé son petit couplet. Il dresse la liste des people qui ont signé le livre d’or, des vignerons qui l’échantillonnent aimablement et pour appuyer son propos, nous sort un power-point de derrière les fagots. Il fait +18,3% en comparative sells, +26,8% à year-to-date, +32,5% en twelve-month-rolling-results et enfin +51,2% pour la gross margin. Il explose les forecast et destroy son business-plan. Il commence même à réfléchir à des parties à trois avec Le Nautilus et le sauna gay, projetant déjà une super joint-venture avec introduction en bourse à la clé.

Plat de résistance : bœuf-carottes & gnocchetti + Bandol Tempier 1998 Spéciale (17 euros*), La Tourtine 1999 (21 euros*) & 2000 (26 euros*) & 2001 (26 euros*). Le bœuf-carottes est préparé dans les règles de l’art (macreuse ficelée, queue de bœuf, pied et crosse de veau). L’association avec le Bandol est bonne sans être miraculeuse. On commence avec Les Tourtine version 2000 & 2001. Le 2001 est magique et bien ouvert. C’est un vin très naturel, doté d’une matière soyeuse, parfaitement mûre, sans aucune dureté et surtout très équilibrée. La finale est impeccable. Le 2000 affiche un caractère un peu animal plus au nez qu’en bouche (un peu genre Beaucastel). Il paraît plus complexe que le 2001 et selon Thien T. devrait aller encore plus loin. On poursuit avec une Tourtine 1999 et une cuvée spéciale 1998. Le 1999 accuse un peu son millésime. La matière est moins exceptionnelle, un poil dissociée et à ce stade pas très disante. La cuvée spéciale dans le sublime millésime 1998 est splendide. Moins soyeuse que les Tourtine 2000 & 2001, elle compense par sa complexité, un caractère plus affirmée et l’apparition d’arômes secondaires top-méga-slurp. Au final et pour toute la noble assemblée du TGJP, ces vins du Domaine Tempier affichent un caractère exceptionnel, fondé sur des qualités de naturel et d’authenticité devenues très rares (cf : Gramenon, Charvin, Beaucastel, Peyre Rose…). La Tourtine est ainsi clairement l’une des deux ou trois bouteilles française de mourvèdre de référence. Humilité & respect !
Devant pareilles évidences et l’absence d’eaux pétillantes, Christian P. décide d’aller sur le champ s’entretenir avec Morphée sur le canapé.

From’j & dessert : les 7 pâtes de coing avec leur fromage blanc + Sauternes De Fargues 1988. Corinne A. fait super-fort avec pas moins de 7 pâtes de coing différentes (on l’a un peu challengée…). L’association avec le De Fargues est royale. Ce dernier est absolument délicieux avec des saveurs des milles et une nuits, de la complexité en veux-tu en voilà et une réelle persistance en bouche.
Alors que Pierre C. fait son intéressant avec son Lusitania de Partagas en dessinant des G avec la fumée (comme le G de Panorama Gourmand et non comme celui de son généreux donateur Gilles T.), on s’attaque lâchement avec Thien T. et Didier C. à un Bruichladdich 1986 (56°) et un Bunnahabain 1980 (58°). Ca ne nous éclaircit pas nécessairement les idées mais c’est super bon dans le genre « ça-en-envoie ». L’heure H sonne alors (les amateurs dignes de ce nom comprendront…).

(*) Prix départ propriété

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