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Déplacement de janvier 2004 :
«Le TGJP on the Rhône again»
Au commencement en ce vendredi 30 janvier 2004, Daniel G. s’est assis à la place du mort de la batmobile et j’ai pris le volant. 6 heures de téléportation et on sortait vivant à Bollène direction Rasteau. L’heure de notre passion avait sonné, mais sans les clous ni la croix. On allait pouvoir faire nos ADdcN.
1ère station : Domaine Gourt de Mautens à 16:30
L’accueil de Jérôme B. est très sympathique et le paysage de Rasteau toujours superbe. Ses installations sur deux étages sont fonctionnelles et immaculées. On goûte le 2002 qui sortira sous une étiquette de circonstance. Si ce n’est pas un grand Gourt de Mautens comme 2001 ou 1998, le résultat est nettement plus qu’honorable et la réservation s’impose. On poursuit sur les différentes barriques de 2003 et les premiers essais de demi-muids. La volonté du boss est de retrouver le contenant originel. L’impression laissée à ce stade par le 2003, tant en blanc qu’en rouge, est absolument remarquable avec une volonté farouche de poursuivre vers plus de finesse et une philosophie vinique toujours très ouverte. Je suis obligé de menacer physiquement Daniel G. pour lui faire cesser l’infâme trafic de bouteilles qu’il amorce avec le maître des lieux et éviter notre retard au dîner.
2ème station : Dîner à Châteauneuf-du-Pape
chez Philippe C.
On est passé prendre Marie S. à la gare d’Avignon et Thierry S. le régional de l’étape à son chez lui en haut du village et on descend à pied chez Philippe C. L’affaire est sérieuse. On commence par des petits poulpes sautés à l’ail (méga top slurp on se croirait à Barcelone). On les fait descendre avec deux blancs : une Coulée de Serrant 1994 et un Clos Rougeard 1998. La 1ère bouteille est correcte sans se placer à la hauteur de sa réputation avec une bouche un peu déviante. La seconde, dotée d’un boisé un peu appuyé, est plus intéressante avec des saveurs de chenin étonnantes, une grande droiture et une réelle pureté. Le plat de résistance est une baudroie aux queues d’écrevisses accompagnée d’une poêlée de champignons (l’association est diabolique et l’assiette encore méga top slurp). On passe au rouquin. On amorce la pompe avec un CdP Les Cailloux 1995 cuvée centenaire. La matière est dense, sur un bel équilibre mais encore un poil fermée. On poursuit en toute humilité & respect sur un plateau de from’j très séducteur et complet avec la bouteille d’un voisin de Philippe C., c’est à dire un CdP Henri Bonneau 1997 Marie Beurrier. On siffle le breuvage en silence. C’est dense, mais pas trop, sur des saveurs mêlant les fruits et le sous-bois. La finale n’en finit plus, mais un peu fatigué j’ai du mal à saisir l’instant. On s’achève avec un gâteau diabolique du pâtissier du coin (mousse à l’abricot et aux fruits confits) arrosé d’un vin de paille du Jura plus qu’étonnant. Il est minuit passé et on commence à se dire que la vie dans le sud à du bon. On colle un macaron au rade-à-Philippe C.
3ème station : Domaine de Ferrand à 10:30
En ce samedi 31 janvier 2004 et à 9:30, on a ramassé super-traître à la gare TGV. On l’a chargé dans la batmobile et on a filé au Domaine de Ferrand. On est accueilli avec beaucoup de gentillesse par Philippe Bravay. Les installations sont modernes et impeccables, les explications du maître des lieux parfaitement claires. Le domaine fait de la bouteille seulement depuis 1998 et une grosse partie de la production est encore vendue au négoce, ce qui autorise de bonnes sélections. On goûte le 2002. On s’attaque au différentes cuves et barriques de 2003. A ce stade, les matières sont superbes, denses et déjà très gourmandes. S’en suit un dialogue sur les vices et vertus de l’élevage en fût dans l’appellation, la question restant encore ouverte au domaine. Au final, ce domaine nous paraît clairement en phase ascendante.
Il est midi et c’est l’heure des sandwich-caillettes au « La Nerthe », le café proche de la place centrale de Châteauneuf. En plus, c’est chauffé !!!
4ème station : Domaine du Vieux Donjon à 14:30
On est accueilli avec chaleur par Marie-Josée Michel. On file direct à l’ancien chais de vinification rénové avec goût sous la maison. On a du boulot. On goûte un blanc 2003 qui vient d’être mis en bouteille et qui s’avère remarquable avec de la fraîcheur, un beau fruité et un parfait équilibre. Top miam-miam. En rouge, le 2003, tiré sur fûts, est plein de très bonnes promesses. La maison a renoncé à produire son 2002 (direct négoce). Le festival continue en rouge avec un 2001, 1999, 1998, 1995, 1994 et 1990. Ce type de verticale permet de prendre toute la mesure de la qualité et de l’identité de la production d’un domaine. En l’espèce, on a affaire à un des plus beaux domaines de Châteauneuf qui produit avec une lecture raisonnée de la tradition. Le commun dénominateur des vins dégustés est leur caractère totalement naturel avec une « rusticité » parfaitement maîtrisée, leur parfait équilibre (alcool, acidité & densité), de réelles capacités d’évolution, de beaux bouquets, de la complexité, et de fines et sublimes saveurs de grenache. Même si Daniel G. a égaré son carnet où il a inscrit et noté les 10 220 vins goûtés au cours des 12 derniers mois, je peux préciser que le 1990 est d’anthologie, que le 1995 est en assez bonne voie, mais un poil fermé à ce stade, et que les 98-99-01 sont extrêmement prometteurs. Il ne s’agit pas de Châteauneuf bourrés de fruit et ultra-expressifs à boire dans les 5 ans, mais bien de grands vins auxquels la garde donne toute leur dimension. Un domaine totalement incontournable !!!
5ème station : Clos Mont-Olivet à 16:30
On parvient à couvrir les 20 mètres qui séparent les deux maisons super-traître longe les murs craignant manifestement des snipers et nous v’là en compagnie de Thierry Sabon. Direction la cave du Papet, un espace très rafraîchissant en cette saison... On commence au blanc avec un beau 2003 et un cdr troublant de qualité. Puis, on passe au rouge avec des bruts de cuves de 2003. Outre l’aspect pédagogique des multiples échantillons, on prend rapidement toute la mesure de la très belle qualité et de l’homogénéité du millésime. On attaque ensuite 2001, 2000 en Papet, 1999, 1998 en Papet et 1988. Le nez un peu incertain du Papet 2000, dû à une carafe mal rincée, permet à Daniel G. de taxer d’autorité une autre bouteille pour le dîner chez Michel B. (le contrôleur à une haute opinion de sa mission). Le sublime 1988 offre un bon point de vu sur l’extraordinaire qualité au vieillissement des vins du domaine : finesse des saveurs, complexité et persistance en bouche. Daniel G. ramasse la bouteille taxée et le fond de 88 et on file se réfugier chez Thierry S., autour de sa cheminée, pour tenter de reprendre vie.
6ème station : dîner chez Michel et Sandrine B.
à Courthézon
Ca ne manque pas d’apôtres avec en guest stars le come-back de Philippe C., Thierry U. et son épouse, deux spécialistes des yeux… Outre qu’on sait que nous allons nous régaler, on commence par apprécier la douce tiédeur de la salle à manger. On nous présente un double risotto : couche inférieur aux oignons doux, couche supérieur à la truffe noir. Y’a bon Banania ! On fait descendre le tout avec trois cdp blanc de 1992 Monpertuis, Marcoux et Font de Michelle. On passe au rouquin avec une daube de bœuf et quelques tagliatelles. Michel B., qui a du être informé à l’insu de son plein gré de nos affinités pour l’appellation, a aligné pas moins de 7 cdp 1990 (il aurait pu choisir pire comme millésime…). Le La Nerthe déçoit par son boisé toujours présent, son caractère sec et son faible volume. La Font du Loup tranche après avec un fruité très expressif mais tourne un peu court en bouche. Super-traître qui paraît avoir découvert le vin pas plus tard que ce matin, ne décroche toujours pas une parole il est pourtant assis en galante compagnie et on décide d’aller demain le faire examiner par un spécialiste. Le Clos Saint-Jean me plait beaucoup avec une pointe de rusticité sympathique, un bel équilibre et une certaine finale. Le Bosquet des Papes et le Versino sont agréables avec de belles saveurs de grenache mais manquent un peu de densité (la daube de bœuf est un sérieux plat de résistance). On attaque le Pégau qui s’avère dense, expressif, complexe et un poil sauvage. Superbe. Enfin, on s’achève au Vieux Donjon et on retrouve le même vin d’anthologie que quelques heures auparavant. On trempe les lèvres dans le Papet 2000 et le Mont-Olivet 1988, mais la fatigue s’est installé. Daniel G., décidément increvable et plein de ressources, trouve courageusement la force de préciser à Michel B. que le magnum de 1971 de Mont-Olivet, offert par Thierry S., devra attendre notre prochaine visite d’inspection. La ronde des desserts est très à la hauteur avec une présentation très au goût des membres du TGJP et un Mas Amiel vintage 1999 clôt assez royalement la soirée. Un macaron pour la Blanc family.
7ème station : Domaine Charvin à 10:00
On est maintenant dimanche 1er février 2004. Il est 10:00 pétantes et on gare la batmobile devant le hangar de Laurent Charvin. L’accueil est bien évidemment très sympathique. Les installations sont impeccables et fonctionnelles. En bon amateur, je confonds le pressoir avec l’égrappoir, ce qui permet à Super-traître certainement inquiet de sa visite programmée pour le soir même au CHU de Dijon au service des grands muets de s’esclaffer bruyamment. On goûte le 2002 en cdr et en cdp. C’est nettement plus qu’honorable et je sens que mes petits camarades vont encore loucher sur ma modeste allocation. On attaque alors la tournée des grands ducs en goûtant les cuves de 2003. C’est déjà superbe et le millésime est bourré de promesses. Là-aussi, ce qui frappe, c’est la diversité des sensations qu’on peut avoir en goûtant chaque cuve, mais aussi l’extraordinaire homogénéité du millésime qui offre fraîcheur et concentration. Ca sent le travail bien fait. Laurent Charvin n’égrappe pas et élève ses vins uniquement en cuve. On a affaire tant en cdr qu’en cdp à des vins très naturels et frais, dotés d’un bel équilibre (aucune lourdeur) et d’un fruité très pur. Ce ne sont pas des fruit-bomb mais plutôt de très belles expressions de grenache à maturité avec des accents qui peuvent rappeler de très beaux bourgognes. En clair et sans décodeur, la visite au domaine s’impose à tous les amateurs de très beaux grenaches.
En conclusion. C’est très simple, quand on veux jouer à Châteauneuf à l’ADdcN, on est très bien accueillis et pour peu qu’on sélectionne correctement les domaines, les grands vins sont au rendez-vous, avec en outre une vraie diversité entre les valeurs établies, qui n’hésitent pas à remettre en question leurs pratiques tant à la vigne qu’à la cave, et des valeurs très très montantes.
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