En ce mercredi 29 décembre 2004, on décide de clore dans l’humilité et le respect, la saison 2004 à la VIP room du TGJP. L’annonce d’un plat plébien la joue de porc et de breuvages rustiques les Rhône nord 1997 fait recette. Didier C., Corinne A., Dorothée G., Daniel G. et Emmanuel T. jouent des coudes dès 20 :00, conscients qu’il n’y en aura pas pour tout le monde.
Before : foie gras cru au sel et aux épices (vanille, Ezpeletako Biperra et regular) + Champagne Roger Pouillon Chardonnay 1999 (17 euros*) + Touraine Clos du Tue Bœuf 2003 Sauvignon. On s’échauffe avec une petite dînette de foie gras. C’est très curieusement celui au piment d’Espelette qui remporte la majorité des suffrages, la procédure électorale ayant été menée de main de maître par un basque retors.
Dans le cadre de notre analyse exhaustive des crus champenois, on sert un premier pétillant. C’est une sympathique bouteille de Roger Pouillon, dotée d’une bulle fine et de belles saveurs de chardonnay. Certains lui reprochent une légère amertume en finale, qu’une température de service négligente peut avoir accentué.
On attaque sans désemparer le Tue Bœuf. Malgré une faible acidité signature du millésime le vigneron a réussi à conserver une réelle fraîcheur. Les saveurs sont franches et assez pures. Le plaisir est bien là.
Entrée : risotto al nero di seppia + Sancerre blanc François Cotat 2003 Monts Damnés (12 euros*) + Sancerre blanc Pascal Cotat 2003 La Grande Côte (14 euros*). Le risotto est assez raté et écrase en outre les délicats Sancerre. Sortis de cet immonde traquenard et bus après le plat, les deux Cotat sont fidèles aux canons du genre : ils sont purs et aériens. A ce stade, La Grande Côte semble plus expressive, avec un peu plus de sucre résiduel et une matière plus dense. Mais, le vieillissement pourrait modifier ces impressions.
Plat de résistance : civet de joues de porc & sa purée de pois cassés + Cornas Courbis 1997 La Sabarotte (23 euros*) + Cornas Colombo 1997 La Louvée (32 euros*) + Hermitage rouge Ferraton 1997 Les Miaux (31 euros*) + Côte Rôtie Jamet 1997 (22 euros*) + Côte Rôtie Jasmin 1996 (19 euros*). La joue de porc en civet est absolument fondante et délicieuse. L’ association avec ces syrah du nord sont excellentes. Sans être vraiment bouchonné, le Courbis affiche malencontreusement des saveurs « étonnantes » et est réorienté sans désemparer vers l’évier.
Pour la production propre d’un œnologue vedette du sud de la France, le style du Colombo déçoit : maturité un peu limite, forte extraction, boisé envahissant. Nul ne parvient à placer ce vin à Cornas (ni ailleurs).
Le Ferraton délivre un réel plaisir. C’est un puissant Hermitage, porteur d’un très beau terroir, doté d’une belle structure, de saveurs franches et assez minérales. Si les marques de l’élevage tendent à s’estomper, la finale a encore besoin d’un peu de repos pour dérouler une belle allonge.
La production des frères Jamet est saluée avec enthousiasme. On a affaire à une très belle bête, dense, complexe mais encore assez ferme. La promesse est très forte pour dans 4/5 ans.
On s’achève avec un 1996 de Jasmin (un des derniers millésimes du père). Le style comme le millésime diffère du Jamet. L’équilibre est plus haut et le vin s’exprime plus en élégance, en finesse de saveurs, sur le modèle d’un beau bourgogne. Plus ouvert, il est à ce stade plus séduisant.
Légèrement pris de boisson, Daniel G. hurle que la descente à la foire d’Ampuis s’impose à partir de dorénavant et jusqu’à désormais. Corinne A., l’esprit aussi assez embrumé et marqué par son stage à Suze-la-Rousse, fait remarquer que toutes ces syrah font un peu désordre et qu’il n’est de grand vin que de grenache. Je lui rappelle qu’Ampuis ne va bien sûr constituer qu’une simple étape dans notre road-movie hivernal et que notre destination finale reste Grenacheland.
After : baba au rhum, sa salade de mangues & sa chantilly + pâtes de coing aux douze épices + Montlouis moelleux P. Galliot 1990 + Vouvray moelleux G. Champion 1989. Le baba fait son œuvre et engendre un débat sur la quantité de rhum nécessaire à sa parfaite réalisation. Certains «sang de navet» vont jusqu’à affirmer que la gnôle ne doit pas rentrer pour plus d’un verre dans la composition du sirop et se font traiter de «pâtissier du dimanche».
Le rhum complique la tâche des deux Loire. Le Montlouis est plus dense, sans être grandiose. Le Vouvray est dans un style plus aérien, voir léger. S’il délivre des saveurs sympathiquement évoluées, on pouvait attendre mieux d’un tel millésime. En revanche, les pâtes de coing aux douze épices font fureur et enchantent les ceusses qui parviennent à accéder à la boite.
(*) Tarif départ propriété
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