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Réunion du samedi 24 janvier 2004 :
«Gigondas 1998 & complot pernicieux au TGJP»
Est-ce le temps glacial de la capitale, la volonté de trancher avec les p’tits vins de soif de la semaine précédente (bdx 1959) ou notre prochaine descente vers le Rhône sud qui nous a décidé à attaquer dans l’humilité & le respect ces bouteilles de Gigondas 1998 ? Nul ne sait au juste, mais ce qui est certain c’est que l’Appel du Gigondas a été entendu fort & clair. Emmanuel T., le sourire encore gourmand de sa prodigieuse formule sur l’industrie du pinard, est en pôle position. Corinne A., Thien T. et leurs deux réguliers Didier C. et l’Archi lui collent presque à la roue. Enfin, Pierre C., se présente pile à l’ « heure du risotto », et pas du laitier comme ses mauvaises manières, ses multiples sournoiseries et autres traîtrises pourraient le laisser penser.
Fais-la-bouche : canapés à l’andouille de Guéméné et tartines aux rillettes d’oie + Anjou Blanc Richard Leroy 2001 Noël de Montbeneault (12 euros*) + Saumur blanc Villeneuve 1999 Les Cormiers (11 euros*). Le Richard Leroy est totalement pur, avec un fruité appréciable, un très bel équilibre et une jolie finale. Mais, il semble encore un peu sur la retenue et un petit repos en cave lui est prescrit. Le Les Cormiers est divin sur la charcutaille et fait pièce, haut la main, au bon gras. Il est puissant, avec des saveurs très affirmées. Le boisé semble assez absorbé (l’association favorise peut-être cette impression) et la finale est très pure. Un très grand plaisir aux dires de toute l’assemblée (on remercie J-P Dubarry de me l’avoir fait découvrir sur Iacchos).
Primi piatti : risotto au Gorgonzola et à la roquette + Gigondas La Garrigue 1998 (7 euros*) + Gigondas Raspail-Ay 1998 (10 euros*). L’association avec le risotto est correcte. Le premier nez du La Garrigue, selon Thien et l’Archi, « renarde velu ». Après une légère aération dans le verre, on découvre un beau grenache, doté d’un très bel équilibre, d’un fruité appréciable et surtout d’une longue finale bien qu’un poil brûlante. Le Raspail-Ay séduit aussi par son équilibre, sa relative droiture, mais affiche à ce stade un fruité moins riche que la bouteille précédente. Il finit assez court.
Pierre C., dont la faible constitution n’autorise en principe que l’absorption quotidienne d’un demi verre de vin, prend soudainement la parole avec fermeté. Il affirme détenir les preuves irréfutables d’un complot des plus pernicieux au sein même du TGJP. Il affirme qu’il faut se débarrasser au plus vite et par tous les moyens du Bon Président, lequel préparerait en grand secret une de ses dégustations de vins du sud-ouest dont il a le secret. A l’initiative de Thien T., la table toute entière convient que la prochaine soirée GVdCF va immanquablement mettre notre paroi abdominale à rude épreuve et que le projet du Bon Président conçu comme une munition binaire est bien scélérat. Nerveux et sournois, Pierre C. exige de renvoyer, sine die, le Bon Président au terminus des prétentieux.
Plat de résistance : Aiguillette de bœuf braisée aux carottes et aux pieds de veau, purée de butternut & purée de panais + Gigondas Saint-Cosme 1998 (9 euros*) + Gigondas Moulin de La Gardette 1998 Ventabren (15 euros*) + Gigondas La Bouissière 1998 la Font de Tonin (11 euros*) + Gigondas Santa-Duc 1998 Prestige des Hautes-Garrigues (18 euros*). L’aiguillette est un peu « secos », les pieds pas cuits mais l’association avec les Gigondas le « fait » bien. On commence avec le Saint-Cosme. Il affiche un superbe fruité, une matière dense pleine de charme et assez profonde. Il est pur et la finale assez persistante. C’est la bouteille de la soirée. On passe alors aux cuvées qui ont bénéficié de matières sélectionnées et d’un élevage plus « ambitieux ». Le Ventabren de la Gardette est dense mais équilibré. Sa matière est très charmeuse. On lui reproche seulement d’offrir à ce stade de son évolution un plaisir un peu fugace et d’être encore un peu marqué par le toasté de la barrique. Pour la cuvée La Font de Tonin de la Bouissière, la qualité de la matière impressionne tous les convives. Mais, l’omni-présence d’un boisé très épicé dérange (les cuvées de base sont toujours superbes d’authenticité chez ce vigneron). Enfin, on passe au Santa-Duc dans sa cuvée qui passe pour le Gigondas le plus abouti de l’appellation. C’est très classieux, très soyeux avec une assez belle finale. Mais, on ressent à ce stade un certain manque de fraîcheur et la matière paraît un peu sur-mûrie avec des arômes de fruits très confits (une précédente dégustation avec des Cornas avait conduit à des conclusions beaucoup plus favorables). Au final et à ce stade de leur évolution, les cuvées dont les tarifs sont nettement plus élevées que les versions regular, déçoivent par des élevages encore très présents. En revanche, ces dernières versions et les bouteilles des domaines qui ne segmentent pas leur production, offrent de très grands plaisirs à des prix encore très doux.
Pierre C. témoigne alors du succès de son établissement de plaisir sis 2, rue des Panoramas, Paris IIème (métro Bourse). Il rappelle qu’il ne sert pas de risotto, qu’il n’y a pas de cigares chez les marchands de sandwichs, que les flûtes de Franck Pascal et bientôt de Raymond Boulard sont offertes jusqu’en juin 2004 de 11 :30 à 12 :30 et qu’il ne faut surtout pas hésiter à demander à consulter le petit-livre-noir-des-menus-plaisirs. C’est gratuit et instructif !
From’j, salade et dessert : tarte au citron et pâtes de coing + Muscat de Saint-Jean de Minervois Barthès 1997 Perna Batut + Jurançon Capdevielle 1995. Pour la qualité de la tarte au citron et diverses autres pécadilles, Corinne A. écope de 6 mois supplémentaires aux mines de sel, sans sursis. Le Muscat de Saint-Jean de Minervois affiche très logiquement de belles saveurs de muscat mais le nez et la finale sont curieusement marqués de fortes saveurs de café. Le Jurançon est assez pur mais s’efface derrière le muscat et la puissance du citron.
Après, on passe classiquement au whisky à 60° et autres mignardises (délicieuses pâtes de coing réalisées par Didier C. que l’on remercie de sa générosité), mais sans trop insister, le Gigondas ayant déjà tassé un peu les fragiles organismes des membres du TGJP…
(*) tarifs réservés aux ADdcN
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