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Réunion du vendredi 17 octobre 2003 :
«Cdp acte 2 : le grenache est de retour au TGJP»
Y’a pas besoin de leur envoyer les gendarmes ! Au 1er coup de clairon annonciateur d’une soirée consacrée aux Grands Vins tranquilles de Châteauneuf-du-Pape, les membres humbles & respectueux du TGJP rappliquent dare dare. Daniel G. et Laurent L. forcent la porte. Pierre C., plus connu dans un certain milieu sous le brillant pseudonyme de Capitaine Némo eu égard à son assiduité au Nautilus, ne traîne pas dans la rue. Emmanuel T. se présente avec son boubou miraculeux. Enfin, Gilles T. flirte avec les mines-de-sel, mais le contenu de son petit sac en plastique et de sa pochette en cuir jaune, ramène à la raison tous les procureurs d’opérette.
Apéro : petites douceurs + cdp blanc Mont-Olivet 2001 + cdp blanc Beaucastel 1998. Le Mont-Olivet est impeccable. Fruité, pur et très expressif avec de fines saveurs un peu poirées. Le Beaucastel, bien qu’un peu refermé, est un vin de haut vol. C’est puissant, gras, et surtout déjà assez complexe. L’équilibre reste toutefois bien celui d’un blanc du sud et appelle une cuisine un peu riche.
Entrée : risotto aux poireaux et à la sauge + cdp Vieux Donjon 2000 (12 euros*) + cdp Les Cailloux 2000 (15 euros*). Le risotto est assez décevant, la sauge trop présente. Le Vieux Donjon est en tout début de vie. Il est doté d’un bel équilibre. La matière est impeccable, naturelle et assez soyeuse avec une finale à l’identique. On sent poindre des notes de cuir et de zan. Tout est bien en place et c’est délicieux. Daniel G. affirme qu’il s’agit là une superbe expression de la typicité de Châteauneuf. Le Les Cailloux est lui aussi doté d’une superbe matière mais elle est à ce stade encore assez marquée par l’élevage tant au nez qu’en bouche (bois neuf) et la finale est un poil brûlante. Pierre C., le trouve lui bien à son goût.
Ce dernier, notre mercanti-à-nous, nous annonce qu’il a une idée du diable, qu’on va s’en mettre plein les fouilles, ceci sans même lever le petit doigt ! Ca sent encore un truc libidineux. Il nous indique sur un ton enfiévré, avec des euros plein les yeux : « On bascule notre site, le www.tgjp.com en premium pay site à 50 euros par an. Ca va être la ruée ». Je lui rétorque que dans ce genre de carambouille, il y a de la concurrence. Impérial, il a tout prévu. En associant à l’abonnement deux entrées gratuites au Nautilus, on détient la killer application de la mort-qui-tue. A force de fréquenter des génies du commerce, il progresse le bougre !
Plat principal : bas-de-carré rôti aux champignons des bois & riz sauvage aux carottes et au cumin + cdp Pégau 2000 (16 euros*) + Cdp Charvin 2000 (15 euros*) + Cdp La Charbonnière 2000 Mourre des perdrix (22 euros*) + Cdp Beaucastel 2000 (30 euros*). L’association plat/vin n’est pas optimale (la carotte ?). Le Pégau est sévèrement bouchonné et logiquement orienté vers l’évier. Le Charvin est très très charmeur. Il est doté d’une matière très naturelle et d’une finale impeccable, d’un bel équilibre, d’un fruité très expressif avec des saveurs de framboises et de mûres. Le Charbonnière appartient à la même « famille » que les Cailloux : belle matière mais encore trop marquée par l’élevage. Certains convives soulignent un petit creux en bouche. Le Beaucastel clôt royalement le défilé. Le nez est assez ou très animal, selon les convives. La bouche est très puissante, encore un peu monolithique. On discerne l’amorce d’une réelle complexité avec des notes de fruit mêlées à des notes animales. Il est très impressionnant. Le Charvin et le Vieux Donjon reviennent en 2ème semaine et régalent l’assemblée. Le 2000 est vraiment un grand millésime à cdp. Les vins procurent à table un plaisir rare et complet et ils semblent encore tous en tout début de carrière. Enfin, il présente une rapport qualité/prix toujours humble & respectueux.
J’informe alors mes petits camarades de la nouvelle de la semaine. Pierre-Yves C. quitte, à partir de dorénavant et jusqu’à désormais, la liste Iacchos. Il motive cette décision irrévocable par l’ennui que lui procure la lecture de la liste et le peu d’intérêt avéré des 700 co-listiers pour la Champagne. Unanimes et émus, humbles et respectueux, tous les membres présents du TGJP lui témoignent leur plus sincère reconnaissance et lui souhaite bonheur et prospérité dans sa nouvelle vie.
Fromj, oreilles du diable & dessert : crumble à la poire et au chocolat + Rivesaltes Cazes 1973 Aimé Cazes. Le Pâtissier a encore bien fait les choses, même si la présentation n’atteint pas les sommets du précédent dîner. Le Cazes est un vin émouvant, à pleine maturité et qui est sifflé jusqu’à la dernière goutte (j’y veille personnellement). L’association avec le dessert est bonne.
Gilles T., dont le nom de famille est inscrit depuis cinq générations au grand livre comptable de La maison Uppman, fait circuler les Sir Winston et autres Magnum 46 . La soirée commence vraiment. Daniel G. se tourne alors vers moi et m’apostrophe d’un ton sévère : « Où as-tu acquis ces bouteilles ? ». La tension monte d’un cran. Pierre C. est crispé, Emmanuel T. plutôt gourmand et Gilles T. ne rigole plus. Je lui réponds du tac au tac et sans ménagement : « A la propriété, bien sûr ! ». Le sourire revient sur les visages et une douce quiétude s’installe à nouveau. Tous sont bien convaincus d’avoir été traités comme des amateurs dignes de ce nom !
(*) Prix départ propriété
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