En ce vendredi 16 décembre 2005, c’est déjà la trêve des confiseurs à la VIP room du TGJP. Les Bordeaux-au-poivron-pas-mûr et les Bourgognes-à-la-va-que-je-te-pousse sont remisés, pour laisser place à la plus parfaite expression vinique du génie français : le Châteauneuf-du-Pape. Dès 20:00, les gardes suisses referment les lourdes portes après avoir filtré les membres les plus éminents : Le Bon Président, Gilles & Emmanuel & Agnès T., Daniel G., Jean-Luc F., Marie S. et moi-même-personnellement (Pierre-Alain B.).
Starter : foie gras cru maison au sel de Guérande + Coteaux du Loir Bellivière 2003 L’effraie + Vouvray Chidaine 2003 Clos Baudouin. On décide de tenter l’accord un peu incertain pâté-Loire 2003. Le Clos Baudouin affiche une certaine fraîcheur (bonne acidité pour le millésime), une totale pureté et de fines saveurs. Mais, la densité est très relative et la finale tourne court. Le Bellivière recueille plus de suffrages. Il est sensiblement plus dense, plus expressif. Toutefois, l’acidité est très basse, le résiduel bien présent et l’association avec le foie en conséquence pas idéale.
Emmanuel T. est un peu déçu. Il affirme «qu’un petit noël du TGJP sans une bouteille de Champagne Bertrand des Marnières, c’est vraiment ladre». Je lui rétorque que ma petite carriole était déjà over-deborded (de iacchosiens bien ballots) et que je n’ai même pas pu y glisser une caisse de ce nectar.
Before : risotto à la sucrine du Berry et au jambon de Bayonne + CdP blanc Rayas 1996 + CdP blanc Clos Mont-Olivet 2004 (11.50 euros*). Le petit risotto apprêté avec du Bellivière souffre aussi en conséquence d’un léger déficit d’acidité. Le Rayas affiche un nez explosif. La bouche est un ton en dessous. Elle est assez pure, fraîche, équilibrée mais manque un peu d’expression. On passe au Mont-Olivet. Il est sur un tout autre registre et fait vraiment ami-ami avec la courge. La matière est relativement grasse, dense et délivre une jolie expression florale, avec une petite pointe de résiduel.
Jean-Luc F. est aux anges. Gilles T. a apporté le Rayas pour fêter la réussite de ce dernier au concours de Commissaire de Police. Agnès T., qui est très sensible aux charmes de l’uniforme, le supplie de venir au prochain dîner en grande tenue. Daniel G. lui suggère aussi d’apporter son Manurhin, pour mettre un point définitif à une sombre histoire de riesling.
Main course : oie rôtie et farcie & purée de blue ballet + CdP Vieux Donjon 1999 (13 euros) + CdP Pierre Usseglio 1999 (13 euros) + CdP Clos Mont-Olivet 1999 (10 euros*) + CdP Ferrand 1999 (11 euros*) + CdP Charvin 1999 (11 euros). A l’issue d’un séminaire de motivation de 4 heures dans le four, l’oie est méga-top-slurp et le mariage avec le châteauneuf assez plaisant. On démarre au Vieux Donjon. Doté d’un fruité très évanescent et de lourdes saveurs de sous-bois, la bouteille affiche un problème certain et finit à l’évier, malgré un recours en grâce présenté, de façon aussi péremptoire que prétentieuse, par Daniel G.
Le Pierre Usseglio dans sa version regular est très réussi et semble à pleine maturité. La matière est nette, ronde (un poil de sucre résiduel y contribue), dense et très sapide. Le plaisir est bien là.
Le Mont-Olivet (1ère mise) offre une bouche plus fraîche, plus élégante mais aussi à ce stade un peu moins développée (cette production se bonifiant en règle générale sur un plus long terme).
Après un petit update des assiettes en oie et en purée, on download le Ferrand. Amha, c’est un cran au dessus du Pierre Usseglio. Le sucre résiduel est moindre. La bouche plus fraîche, plus équilibrée et la finale plus profonde, bien que la bouteille semble ne pas encore tout délivrer.
On achève le festival des douceurs avec le Charvin. Il est remarquable et se distingue du Ferrand par une encore plus grande élégance, un nez discret mais une bouche vraiment très racée, la pure expression d’un grand terroir sudiste.
After : plateau de bleus & fantaisies chocolatées du Pâtissier du Bon Président + Porto Quinta da Sagrado 1988 + Quinta da Cavadinha 1987. Le Sagrado fait plus que l’affaire avec les bleus. La matière est superbe de velouté, l’alcool plutôt discret et les saveurs vraiment enjôleuses. Plaisir incomparable.
Le Pâtissier reçoit les plus vives acclamations pour la qualité de sa fantaisie chocolatées et affirme qu’elle n’est qu’une simple facette de son incomparable talent. Déjà bien tassé et alors que le niveau du Sagrado n’a pas atteint le ground zero, il exige derechef le suivi à la lettre du menu et donc l’ouverture du Cavadinha. La bouche est nettement plus rustique que celle du Sagrado et l’alcool un peu plus présent.
(*) tarif ttc départ propriété
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