Pour bien commencer l’année, on décide en ce vendredi 14 janvier 2005, de rédiger à 16 mains et tant dans l’humilité que le respect, un nouveau chapitre de «Châteauneuf, gloire et beauté». On centre cette fois l’action sur le millésime 1999. Dès 19:15, Daniel G. se fait annoncer. Sylvain M. qui doit racheter de bien lourdes fautes est à 19:30 à confesse. Toutefois, il n’hésite pas à faire passer le généreux cadeau de Gianni P. pour le sien. A 19:45, la meilleure baguette** de Paris est présentée encore chaude par le Bon Président. A 20:00, c’est le tiramisu lové dans son boubou magique qui franchit la porte aux bras d’Odile et Emmanuel T., suivi dans la foulée de la boîte à cigare et de la mappemonde à roulettes des Portos de Gilles T.
Fais-la-bouche : Terrine de foie gras d’oie à l’étalée + Champomy Roger Pouillon Fleur de Mareuil + Pinot blanc Burn 2002 (6 euro*) + Pinot gris Burn 2002 Goldert (14 euros*). Ce soir, on a prévu du champomy pour donner un peu de lustre. Whaou ! Whaou ! Même les pires ennemis de la région en rabattent, cette bouteille est diabolique. C’est vineux, très pur, fruité à souhait et avec une finale super-méga-classieuse.
On étale le pâté. Après un exposé de Sylvain M. assez laborieux et surtout bourré d’erreurs sur le territoire de Gueberschwihr, on verse les Alsace. Le Pinot blanc associe bien plaisamment densité et équilibre, avec juste ce qu’il faut d’acidité et finit avec beaucoup de pureté. Le Pinot gris est logiquement plus riche, plus complexe mais un peu moins rafresh. Les deux vins font très bon ménage avec le pâté.
Before : Risotto au Vacqueyras et au parmesan + CdP Villeneuve 1999 (16 euros*) + CdP La Solitude 1999 (12 euros*). Le risotto au Vacqueyras (un fond de Les Armouriers 98) est goûtu et fait parfaitement ami-ami avec ses voisins de Châteauneuf. On démarre à la Solitude. C’est un Châteauneuf sympathique, assez expressif et sans défaut. Il est peu profond et tourne un peu court. Le Villeneuve affiche une plus forte ambition. La matière est belle, plus dense et très nette. Toutefois à ce stade, l’élevage semble encore un peu présent avec des notes de cacao un peu appuyées et finalement un certain manque de fraîcheur.
Le Bon Président est inquiet de notre très prochain road-movie dans le Rhône et souligne que l’oisiveté est la mère de tous les vices. Nous lui confirmons que nous sommes over-booked-déborded et que nous avons même du repousser la très aimable invitation à dîner et à coucher du régional de l'étape, Florent Salce.
Plat de résistance : Tendrons de veau confit à la moutarde & leur purée de céleri + CdP Pierre Usseglio 1999(13 euros*) + CdP Clos Mont-Olivet 1999 (10 euros*) + CdP Bois de Boursan 1999 (10.50 euros*) + CdP Les Caillloux 1999 (13.60 euros*) + CdP Clos Mont-Olivet 1999 cuvée unique. Le tendron fond dans la bouche comme la sainte hostie et appelle à cor et à cri le Châteauneuf. S’en suit une bien triste scène où chacun soupçonne son voisin de s’être vu attribué le plus gros morceau. On verse le Mont-Olivet. Le style est là. C’est une très belle expression de Châteauneuf, fraîche et tout en équilibre, en tout début de carrière. Le Pierre Usseglio en est très proche, avec cependant une expression un peu plus hédoniste, une matière un poil plus dense et un peu de sucre résiduel. Pour ces deux bouteilles, ce sont « les goûts et les couleurs » qui les départagent, mais le plaisir est certain dans l’humilité & le respect.
On attaque le Les Cailloux. Il présente une très légère verdeur en bouche (maturité des raisins ?) et une finale un poil brûlante. Le Bois de Boursan est bien mûr et très dense, mais on lui reproche un manque de fraîcheur et une matière pas complètement nette. Soudain, c’est le miracle : Emmanuel T. parvient à faire ressusciter un nouveau gros morceau de tendron dans son assiette. Spontanément, tout un chacun se proclame avec ferveur et sincérité son plus fidèle ami. Enfin, on s’achève avec une curiosité : une cuvée réservée au marché américain du Mont-Olivet, élevée pour partie en fûts neufs. Nul ne parvient pas à comprendre pourquoi des importateurs s’échinent à maquiller de si beaux vins.
After : Chicorée rouge, plateau des bleus, vacherin & tiramisu + Porto Quinta do Noval 1987 vintage Lusitania de Partagas, D4 idem et Don Alexandro de Vegas Robaina. Le tiramisu est royalement exécuté et fait le bonheur de toute la tablée. Le Porto est superbe, profond, complexe et frais. Certains s’enfilent de merveilleuses petites verveines d’un des plus brillants torréfacteur français, Pascal Hamour.
Vient alors l’heure de punir Emmanuel T. pour son miracle à deux sous en l’enfumant joyeusement comme le furet du Bois Médard. Gilles T. a abandonné la pochette jaune et propose avec aménité la méga-boite : croco et ronce de noyer. Cigare bien vissé en bouche, single cask Highland Park 1989 (53°) et Bruichladdich 1986 (56°) pour se rafraîchir et énergiser la pensée, la soirée prend alors toute sa dimension…
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