En ce vendredi 10 juin 2003, Jean-Baptiste Senat a décidé d’honorer de sa présence la VIP room du TGJP du XVème arrondissement. Gianni P. souhaitant lui arracher un autographe, a exigé un couvert. Fort de notre antienne « il n’est de grand vin que de grenache », nous avons placé sur la table nos bouteilles toutes neuves de Châteauneuf-du-Pape 2003. Odile et Emmanuel T., Gilles T., Daniel G, Marie S. et moi-même, avons organisé le comité d’accueil.
Fait-la-bouche : tartines aux rillettes de Vouvray & melon + Sancerre Pascal Cotat 2003 Grande Côte Spéciale. La rillette est bien toujours la bonne amie du TGJP. Le Sancerre du cousin Pascal est très légèrement pétillant (CO2 ?) mais tout un chacun s’oppose à ce que nous tentions de chasser les importunes. La matière est digne de la maison : élégante, très pure avec une finale impeccable. Une bouche moins nerveuse qu’à l’habitude et un peu de sucre résiduel signent le millésime.
Before : risotto au safran & à la moelle + CdP Pierre Usseglio 2003 (14.50 euros*) + CdP Pierre Usseglio 2003 Mon Aïeul (31.50 euros*). C’est notre dernier dîner avant la saison chaude, alors on se lâche un peu. Selon les fanatiques, la moelle constitue la pierre de taille de ce risotto. L’association avec les rouges est correcte sans plus. Le Pierre Usseglio dans sa version regular rassemble tous les suffrages. C’est un Châteauneuf plutôt moderne. Le nez est expressif. La bouche est dense, pure, fruitée à souhait et d’une persistance certaine. Le plaisir est là. A moins de 15 euros, c’est vraiment une très belle bouteille, à ce stade déjà très accessible.
On passe à la cuvée Mon Aïeul. Le vin semble plus travaillé et tout n’est pas en place. Certains relèvent des notes de brûlés, d’autres une légère amertume (influence du safran ?). Les avis sont partagés mais l’enthousiasme n’y est pas. Un petit séjour en cave s’impose.
Plat de résistance : tendrons de veau à la moutarde & grenailles de Noirmoutier au romarin + CdP Marcoux 2003 (26 euros*) + CdP Charvin 2003 (brut de cuve) + CdP Vieux Donjon 2003 (20 euros*)+ CdP Clos des Papes 2003 (32 euros*). Le tendron est moelleux à souhait et les grenailles remplissent leur contrat. On commence avec le Marcoux. C’est peut-être le vin le plus expressif de la soirée. A ce stade, le style est presque démonstratif avec apparemment un travail certain à la cave. Le charme est là fruité, pureté, persistance… mais peut-être un poil trop.
On verse le Charvin dans une version brut de cuve. C’est une expression assez différente, plus retenue, plus « minérale ». A table, sa fraîcheur fait merveille. La promesse d’une grande bouteille.
Avant de lancer la dernière offensive, un second service de tendrons est proposé aux adeptes du jeûne hebdomadaire. On verse le Vieux Donjon. C’est une très belle expression, assez traditionnelle de Châteauneuf. La matière est dense mais sans lourdeur. Le fruité affleure mais sans explosion. Des saveurs secondaires sont naissantes. Une amorce de profondeur et une finale impeccable closent avec grand plaisir la dégustation. Très belle bouteille.
Enfin, on achève notre mission avec le Clos des Papes. Il affiche une proximité certaine avec le Vieux Donjon avec peut-être une fraîcheur un peu supérieure (mourvèdre ?) et peut-être un poil plus de profondeur voire de classe.
Au final, ces Châteauneuf 2003, bien typiques de l’appellation, ont diaboliquement réjoui nos organismes. Les oiseaux de mauvais augures, qui nous annonçaient du raisin confit et de l’alcool à revendre, en sont pour leur frais. Certes, il s’agit de vins puissants, mais cette dernière caractéristique est associée à de la fraîcheur, de la pureté et de la classe, avec une mention spéciale pour la production de Laurent Charvin (non encore assemblée).
After corsé : plateau de bleus (Roquefort, Fourme d’Ambert, Stilton et Gorgonzola) & salade d’oreilles du diable + Minervois Jean-Baptiste Senat 2004 Mais où est donc Ornicar (10 euros*). Les petits bleus sont bien à la hauteur (Fromagerie Dubois Paris XVème). Avec le Minervois dans sa version Mais ou est donc Ornicar (grenache/mourvèdre vinifiés en macération carbonique), on bascule dans le vin-de-soif-du-sud. La matière est joyeuse, brillante et bien rafresh ! Elle appelle le saucisson. La semaine prochaine, on le place avec les fait-la-bouche plutôt qu’avec les bleus.
After doux : Fondant au beurre des prés salés de France et au cacao des îles + Porto Ramos Pinto vintage 1994. Les pâtissiers ont travaillé ce fondant avec amour clairsemant le beurre d’une miette de cacao. Triple miam-miam. Pour le Porto carafé trois heures avant le dîner, on n’est pas à la fête. Il est assez peu expressif avec une bouche très monolithique. Phase de fermeture ou bouteille abîmée ?
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