Réunion du 10 avril 2004 :
Rhône nord 2000 à la VIP room du TGJP

Bon chrétien, le TGJP est condamné en ce samedi 10 avril 2004, à sacrifier à la coutume de l’agneau pascal. On a bien lu sur Iacchos les 1001 conseils de l’association parfaite mais comme on n’est pas trop grenache, on a décidé d’arroser la pauvre bête avec de jeunes syrah du Rhône septentrional. A 20 :00 – un horaire pour tester la motivation des membres – la VIP room affiche déjà complet. Dans l’ordre d’arrivée au poteau, 1er Agnès & Gilles T. pourtant du 9-5, suivis de Laurent L. & de Daniel G. avec une petite encolure d’avance sur Corinne et Didier A. (panne d’hélicoptère ?).

Appetizer : multiples douceurs + GVMdQ Bouvet Rubis Excellence rouge ½ sec + GVdCF Bertrand des Marnières + Condrieu Guigal 2000 La Doriane + Condrieu Guigal 1997 La Doriane. Le Bon Président ayant discrétionnairement décidé que la saison du GVdCF prenait fin définitivement le 11 avril, on a accéléré notre éveil aux multiples charmes envoûtants de ce dernier avec deux fleurons – du moins qualifiés comme tels par Daniel G. – de la production locale. Le Bouvet est un Grand Vin Mousseux de Qualité (comme indiqué sur l’étiquette). Sa robe est rouge « betterave ». Il doté d’un nez atroce de vieille vinasse et la bouche est une sucraille épouvantable. On passe au Bertrand des Marnières. Il s’agit de l’avant-dernière bouteille du stock. C’est mieux. La robe est cristalline, la bulle relativement fine, l’acidité soutenue et la matière presque élégante même si elle manque un poil de maturité. Avec sa franchise habituel, Didier fait remarquer que le breuvage permet au moins de rincer les verres du vilain Bouvet et Le Bon Président exige qu’on attaque sans désemparer les vins. Les deux millésimes de La Doriane laissent l’assemblée à nouveau sur sa faim. Ils sont très marqués par l’élevage avec une amertume présente en finale. Cependant, le 1997 affiche un joli volume (dixit Daniel G.) et une belle expression (dixit Gilles T.). Le 2000 est plus net. Tout à trac, on décide alors de passer à table et d’oublier ces vins de négoce déceptifs.

Entrée : risotto aux cèpes + Hermitage Guigal 2000 + Hermitage Faurie 2000 (22 euros*) . L’association est pile poil. Elle est seulement gâtée par ce nareux – et déjà un peu ouapi – de Daniel G., qui doute fielleusement que nous nous soyons rendus début avril à la chasse aux champignons. Il est trop fort. Le Guigal déçoit. Il est net mais fortement boisé. Ses saveurs fruitées, sans grande classe, font plus penser à un bon Saint-Joseph qu’à un bel Hermitage. Le Faurie tranche nettement et son compte est réglé en 15’. Il est superbe. Le nez est discret. La matière est dense, très naturelle – avec un poil de rusticité – mais équilibrée. On apprécie l’amorce de jolies saveurs de sous-bois. La finale est impressionnante et très pure. En clair, tout ce qu’on est en droit d’attendre d’un bel et classieux Hermitage.
Agnès T. qui n’hésite pas à lire derrière l’épaule de son mari les échanges « épistolaires » de la liste Iacchos, nous interroge sur les heurts et douleurs qu’elle y perçoit. Didier A., fin connaisseur de l’humanité, trouve le mot douleur particulièrement bien choisi et souligne que chez certains la frustration le dispute à l’aigreur. Je lui rappelle que l’oisiveté est la mère de tous les vices. Daniel G. conclut sobrement que l’alcool est mauvais conseiller.

Plat de résistance : gigot en gasconnade & rattes au romarin + Côte-Rôtie Ogier 2000 (22 euros*) + Côte Rôtie Jamet 2000 (24 euros*) + Cornas Tunnel 2000 Prestige (23 euros*) + Cornas Allemand 2000 Chaillots (28 euros*). Malgré la tomate et les anchois dont le gigot est farci, l’association est plus qu’honnête. On commence avec les Côte-Rôtie. L’Ogier propose un beau volume en bouche mais des saveurs, essentiellement fruitées, un peu brutales et une pointe d’amertume en finale. A ce stade, elles sont encore un peu marquées par l’élevage. Le Jamet fait nettement plus l’unanimité. La matière est plus naturelle, les saveurs plus fines et plus complexes. C’est vraiment un enchantement. L’heure du Cornas a sonné. Le Tunnel en cuvée Prestige présente une certaine affinité avec l’Ogier – « international » – mais la forte densité de la matière paraît en mesure de lui assurer une meilleure digestion de son élevage. Enfin, l’Allemand dans sa version Les Chaillots clôt royalement le festin. Il est nettement plus ouvert qu’un Reynards bu quelques semaines auparavant. C’est un superbe vin avec une matière très naturelle, sapide, presque soyeuse. A ce stade, il est plutôt sur le fruit et la finale est déjà appréciable.
Au final, on est plutôt agréablement surpris par ces quelques Rhône nord 2000, nés dans un millésime qualifié de moyen-moins par les experts. Ils sont déjà assez ouverts, sans dureté et relativement charmeurs (après un carafage de trois bonnes heures). Les Faurie, Jamet et Allemand constituent des sources de grands plaisirs tant présents que futurs.

From’j, salade & dessert : plateau de chèvres, chicorées, crèmes brûlées à l’orange & pâtes de coing + Tokay 5 puttonyos 1975 & 1979 Tokay Wine Trust Co Satoraljaujhely. Avec ses crèmes brûlées à l’orange dont elle a piqué la recette à Senderens, Corinne A. entend frapper un grand coup et « en finir avec ce couple satanique de Pâtissier » (sic). Mouais, ben c’est pas gagné mais par chance elle a échoué dans sa tentative de carboniser au chalumeau le plan de travail. Pour les pâtes de coing, c’est toujours chiche mais la qualité s’améliore un peu. Rapport au Tokay, les compétences manquent un peu au sein du TGJP. Le Bon Président en souligne le caractère nettement oxydé et la ressemblance avec des rivesaltes. Le 1979 n’est pas complètement net, ce qui fait pour partie son charme, face au 1975 à l’alcool assez brûlant. De toute façon, ils s’écroulent de concert face au sucre des crèmes-à-corinne-j’en-fais-qu’à-ma-tête. Sur ce, on se souhaite de bonnes vacances et on décide remettre ça pas plus tard que très bientôt.

(*) Tarif départ propriété

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Ce soir, c'est du sérieux, on s'attaque au Bouvet, un GVMdQ...
Le TGJP, ça doit être classieux. Y'en a marre des expériences !!!
On râle ? Très bien, une tournée générale de Bertrand des Marnières pour les fortes têtes...
On se réfugie en cuisine parce qu'au salon ça vire à la mutinerie rapport au BDM...
Et puis à force de picoler ces mousseux, on finit à l'horizontal...
Pendant ce temps là en ville, le vrai Bertrand cherche la rue des Marnières...