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En ce vendredi 7 mai 2010, malheureux anniversaire de la défaite de Dien Bien Phu, le Bon Président, qui s’est fait inscrire sur la liste des «consultants», décide de célébrer classieusement la mémoire des Bat d’Af’. Cinq Bandol 2000 sont au garde-à-vous, alors qu’à la «roulante» on tambouille un couscous royal dans le respect scrupuleux des instructions de Rachida Amhaouche. A 20h sonnantes, on ne «psychote» plus et on envoie les couleurs en présence de Marie S., Sylvain M., Daniel G., Emmanuel T., Jean-Luc F., Olivier M., Jean-François D. et votre serviteur (Pierre-Alain B.).
Before : petit mezzé (hoummos, labné, moutabal & safayeh) + Champagne Bollinger 1999 La grand année + Sauvignon de Saint-Bris Goisot 2006 Corps de garde
Un peu hors sujet une petite anisette, voire une krokro, aurait parfaitement fait l’affaire Jean-Luc F. décide de se pousser du coude en nous servant un Champagne de grande maison. Le breuvage affiche une légère oxydation, des bulles fines et une finale un peu boisée. Pas vraiment «un truc de malade» ! A sa décharge, le petit mezzé est un peu encombrant. On verse le Goisot. On passe à du très aromatique, du caramel et du boisé encore plus brutal.
Tout à trac, Olivier M. se hisse sur sa chaise et nous pousse la chansonnette :
«Il est sur la terre africaine
Un bataillon dont les soldats, (bis)
Sont tous des gars qu'ont pas eu de veine.
C'est les bats d'af et nous voilà, (bis)
Pour être joyeux, chose spéciale,
Il faut sortir de Biribi, (bis)
Ou bien alors d'une centrale,
C'est d'ailleurs là qu'on nous choisit (bis)»
Main course : couscous royal (épaule d’agneau rôtie, poulet & merguez) + Bandol 2000 Lafran-Veyrolles Longue Garde (18 euros*) / Pibarnon (36 euros en mag.*) / Gros Noré (14 euros*)/ Tempier La Tourtine (26 euros*) / La Tour du Bon (12 euros*)
Tout un chacun est à sa petite affaire pour constituer la plus belle assiette, tenter d’arracher un pois chiche noir (aux vertus bien mystérieuses) et surtout «chouffer» la découpe de l’épaule. L’accord avec les Bandol n’appelle aucune réserve. Le Pibarnon, plutôt lisse et manifestement un peu marqué par le bois (des essais auraient-ils été pratiqués au Château au début du siècle ?) séduit les «bordelais» et autres «bourguignons» du tgjp. La majorité de l’assemblée critique son manque de caractère.
Le Gros Noré déçoit mais ma mémoire s’avère défaillante pour décrire le phénomène. Enfin, Le Lafran-Veyrolles dans sa cuvée haut de gamme propose une jolie bouche, fraîche, un poil rustique (caractéristique appréciée au tgjp) et assez persistante. Seules de petites notes liégeuses gâchent le tableau.
Comme dirait l’autre, «on ne bat pas en retraite mais on recharge», en servant une nouvelle ration de couscous. Le verre de la cuvée regular du Domaine de La Tour de Bon est jugé brouillon, marqué par l’alcool et une certaine sur-maturité du raisin. C’est too much et même pour des anciens des Bat d’Af’. Avec la cuvée La Tourtine du Domaine Tempier et comme à chaque dîner Bandol du tgjp, la messe est dite. Il s’agit tout simplement d’une bouteille hors norme par son équilibre, sa fraicheur, la puissance de ses saveurs et sa persistance. Pour les dernières gouttes du Tempier, on ne fait plus de prisonniers.
Sans même poser son paquetage et lesté de deux pleines assiettes de couscous, Daniel G. ancien surveillant à Tataouine, entonne à tue tête :
«Et après tout, qu'est-ce que ça fout ?
Et l'on s'en fout ! Lalala
En marchant sur la grand route,
Souviens-toi, oui souviens-toi (bis)
Les anciens l'ont fait sans doute
Avant toi, oui avant toi, lalala
De Gabès à Tataouine,
De Gafsa à Médenine, lalala
Sac au dos dans la poussière,
Marchons bataillonnaires.»
After : douceurs de la maison Amoud + Coteaux de Saumur La Tour Grise 2003 + Coteaux du Layon Baudouin 2004 Les Bruandières
La maison Amoud, sise à Casablanca, apporte un peu de douceur à tous les anciens des combats du Rif. Le Saumur des époux Gourdon affiche une jolie constitution, une grande pureté mais une persistance un peu relative. Le 2004 un millésime moyen-moins du sieur Baudouin demeure légèrement gazeux et peu expressif. L’accord eu été beaucoup plus passionnant avec un Maria Juby ou un Après-minuit, mais Sylvain M. a, comme à son habitude, joué petit bras.
La bouche encore embeurrée des douceurs casablancaises et porteur du pantalon blanc des anciens des Aurès, Emmanuel T. se risque vaillamment à un dernier couplet :
«Et comme on a jamais eu de veine,
Bien sûr qu'un jour on y crèvera, (bis)
sur cette putain de terre africaine.
Dans le sable on nous enterrera, (bis)
Avec pour croix une baïonnette,
A l'endroit où l'on est tombé, (bis)
Qui voulez-vous qui nous regrette,
Puisque nous sommes des réprouvés. »
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