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Réunion du samedi 5 juillet 2003 :
«Bordeaux 59 dans le neuf-cinq à le TGJP»
C’est rare que le TGJP daigne se déplacer en banlieue. Mais l’invitation est cette fois-ci incontournable. Après le classement comique ou cosmique (c’est au choix) de la RVF sur les vins du sud, Gilles T. et son épouse ont décidé de réécrire la version de 1855 du Bordelais. Pour ce faire, Le Conseillant a fixé une règle simple et inique comme on les aime au TGJP : c’est en 1959 que tout s’est arrêté à Bordeaux. Pierre C. notre body guard, représente dans la dignité, Le Bon Président en vacances. Didier C. conseiller en alcool fort, Corinne A. une évadée des MDS, Marie S. la photographe et moi-même sont appelés pour officier dans l’humilité et le respect qui sied au TGJP.
Apéro : poutargue de mulet et de thon, canapés à la tomate, saucisses au lard… + Petit coin de Paradis de Claude Courtois (blanc) & Rosé d'Anjou Charmeresse 2002. Rien à dire, l’accueil est à la hauteur. Le Courtois est particulièrement délicieux, fruité avec une belle acidité. Pour le rosé, ces rats m’ont mis au régime sec… Ils me le paieront…
Entrée : saumon rôti au lard avec ou sans la sauce au vin + Meursault 1959 Négoce Leroy. Le meursault est très très avancé, assez oxydé, avec des saveurs d’encaustiques et donc réservé aux amateurs du genre. Corinne A., fine mouche, fait remarquer que l’association n’est pas parfaite et qu’un Riesling en grand millésime d’un grand producteur ferait beaucoup mieux la farce.
Sur ce, j’entends un grand bruit de briques qui se brisent. Le bg me dit de ne pas faire attention, c’est juste Didier C. le-mari-à-Corinne-A. qui s’entraîne au karaté pour passer ses nerfs. Je demande à ce malheureux de cesser ses tours de force coûteux et dangereux pour son organisme, et de s’en remettre à cet individu d’origine basquo-arménienne qui compte entre autres qualités outre bien sûr l’Humilité & le Respect l’opiniâtreté et un sens aigu de la procédure.
Plat : tourte au canard, au faisan et au foie gras + Bdx Margaux Bel Air Marquis d’Aligre 1959 + Bdx Saint-Estèphe Calon Ségur 1959 + Bdx Pauillac Lynch Bages 1959 + Bdx Saint Emilion Canon 1959. Le Conseillant nous déçoit un peu car il avait parlé au téléphone de 1945 mais force est de constater qu’il a pris la juste mesure des goûts embourgeoisés des membres éminents du TGJP. La critique est nécessaire mais il faut bien affirmer au préalable que tout est exceptionnel dès l’instant où on apprécie les vins fondus, à pleine maturité (on est à ce stade d’évolution à des années lumière des brutes boisées des années 1990-2000). Le Bel Air affiche un charme souverain, une très grande finesse et une finale empreinte d’une grande douceur. Il est aussi doté du plus beau nez de la soirée. Le Calon Ségur est la seule bouteille du lot qui présente une certaine dureté que l’on peut aussi traduire par une relative rusticité. A l’ouverture le Lynch Bages est un poil dissocié. Après 30’, tout est en place. C’est puissant, précis et somptueux. Mais, la palme est pour le Canon et on y revient toujours. Le Bg, grand amateur de la rive droite (plutôt Bourse-Bastille), a tout de suit détecté le Saint-Emilion. Il ne fait pas son âge (le vin pas le bg). Il est subliment équilibré, précis, profond et d’une persistance en bouche remarquable.
Est-ce l’émotion due au vin ou la quiétude du dîner, mais tout à trac Corinne A. se lève et de sa douce voie entonne avec Humilité & Respect :
« Petit marchand du temple,
Quand tu descendras d’Alsace ou de Vinexpo
Avec des riesling par milliers
N'oublie pas ma petite cave.
Mais avant de partir
Il faudra bien te couvrir
Dehors avec ta moto tu vas avoir si froid
C'est un peu à cause de moi.
Il me tarde que le jour se lève
Pour voir si tu m'as apporté
Tous les beaux riesling que je vois en rêve
Et que je t'ai commandés. »
Et Didier C. repart, avec un air mauvais, fendre deux ou trois palettes de briques…
From’j et dessert : abricots confits à la lavande & glace Vanille + Sauternes Suduiraut 1959. Ce liquoreux affiche une superbe matière mais le souffre est trop présent pour ne pas dénaturer la dégustation. On essayera la prochaine fois de le carafer. Puis, Gilles T. fait dans l’Humilité & le Respect son office et distribue à la volée les Specially selected (Ramon Allones), les Magnum 46 d'Huppman et les Robusto Gran Reserva de A. Fuentes(Rep dominicaine). Avant de partir, nous avons rappelé à Le Conseillant que la devise du TGJP restait contre vents et marées « Il n’est de vin que de grenache » mais que la poursuite de ses efforts méritoires pourrait peut être à très long terme infléchir un poil notre perception des p’tits vins de soif bordelais.
© www.tgjp.com - 2003 - Humilité & Respect
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