Après la petite séance très rafresh des Beaujolais, on décide en ce vendredi 3 décembre 2004, d’en revenir à des vins plus de saison, avec une petite horizontale de Gigondas 2000. De retour d’une de ses fameuses virées cubaines et après un petit détour par son coiffeur, l’Archi, accompagné de Thien T., vient porter la bonne parole. Habillé d’un complet de chez Paul Smith du plus bel effet, Jean-François D., boit ses paroles. Un peu fébrile, Gilles T. entend le questionner sur les pratiques de la M. E. C. (médecine esthétique cubaine). Enfin, Le Bon Président, Daniel G., Marie S. et moi-même assurons bêtement la claque.
Apéritif : différents petits canapés & fèves séchées + Anjou blanc René Mosse 2002 Les Bonnes Blanches + Anjou blanc René Mosse 2002 Marie Besnard + Anjou blanc Richard Leroy 2002 Clos du Roulier (14 euros*). On a commencé par un petit benchmark angevin. La première bouteille de René Mosse, la cuvée Bonnes Blanches, est sournoisement bouchonnée.
On passe au Marie Besnard. C’est un blanc charmeur, très démonstratif, qui rappelle pour partie un petit peu les Saulaies 2000 de M. Baudouin : des saveurs puissantes, du gras, de la pureté. Toutefois et à ce stade, les convives soulignent l’émergence de l’élevage avec ses saveurs et effluves boisées.
Le Clos des Rouliers tranche nettement, relevant d’un parti-pris opposé. Le vin est fin, élégant, subtil, complexe… Tout ça pour 14 euros.
Entrée : risotto aux légumes d’hiver (carottes, navets & poireaux) + Gigondas La Gardette 2000 (10 euros*) + Gigondas Raspail-Ay 2000 (10.50 euros*). Le petit risotto descend bien mais constitue un partenaire un peu frêle pour le Gigondas. Le La Gardette, dans sa version regular, est puissant, très fruité et naturel. Il affiche de la rondeur, de jolies saveurs de grenache bien que pas totalement pures et un poil de sucre résiduel.
Le Raspail-Ay est moins dense mais plus frais et plus sec. Il s’exprime plus en finesse mais semble à ce stade un peu taisant (peut être un peu écrasé par son voisin de table).
Plat de résistance : côte de bœuf & gratin dauphinois + Gigondas Saint-Cosme 2000 (10 euros*) + Gigondas Cayron 2000 (11.50 euros*)+ Gigondas La Gardette 2000 Ventabren (15 euros*) + Gigondas Santa-Duc 1998 Hautes-Garrigues (18 euros*). Le bœuf et le gratin sont mieux dimensionnés pour le Gigondas. Le Saint-Cosme est au départ un peu réduit. Puis il délivre une bouche dense, soyeuse, châleureuse, mais qui semble un peu en retrait par rapport aux autres bouteilles avec un chocolaté et du zan un peu marqué.
On verse le Cayron. Gilles T. affirme qu’il est perlant. Après lui avoir ménagé une solide aération dans le verre, les choses rentrent dans l’ordre. C’est une très belle bête en tout début de vie. Il est très naturel, un peu sauvage, dense, avec des saveurs fruitées, un poil d’animalité et de la fraîcheur. La finale est bien sympathique, le plaisir total.
On attaque la cuvée haut de gamme de La Gardette. Il tranche avec le Cayron par un caractère beaucoup plus civilisé (élevage plus sophistiqué). Mais, la matière est superbe, profonde et le résultat vraiment classieux. Le plaisir redouble.
On s’achève avec le haut de gamme de Santa Duc dans le millésime 1998. Certains ne trouvent la bouteille complètement nette. En comparaison du Ventabren, l’élevage est encore plus marqué et l’ambition paraît un peu trop forte.
From’j & dessert : Estoufado au chocolat + Sauternes Yquem 1990 + Banyuls La Tour Vieille 1998 (50 cl 13 euros*). Avant d’avaler le dessert, on pose sur la table une carafe anonyme contenant un vin doré. On verse et on joue aux devinettes. Sans même y tremper les lèvres, Thien T. affirme avec brio qu’il s’agit d’un Sauternes (malgré quatre heures de carafage, il renarde encore le soufre). On acquiesce. Pour sa pureté, son équilibre et sa finesse, elle suggère un Guiraud. Jean-François D. qui a apporté la bouteille, pleure en silence et avec dignité. Heureusement, l’Archi qui a consenti à retarder l’heure de sa 1ère sieste et connaît aussi bien les grands liquoreux que le plan du mausolée de Kim Il Sung à Pyongyang, sauve le couple en indiquant sobrement : «Yquem, 1989 ou 1990, je sais plus trop et je vais dormir». La noble assemblée juge le breuvage bien sympathique, extrêmement pur et doté de saveurs aériennes. Mais à ce stade, la finale est assez limitée et la complexité n’est pas encore au rendez-vous.
On avale poliment l’estoufado au chocolat, sorti tout droit de l’antre de Thien T. et on en facilite la descente avec le Banyuls. Ce dernier est assez joli. Il affiche une amorce d’évolution et une relative profondeur, mais semble un peu manquer d’ampleur. Le triptyque café, cigares et gnoles délie les langues et assure une chaleureuse fin de soirée…
(*) Tarif départ propriété
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