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Pas mécontent de nos petits Hermitage 1998 de la fois d’avant, nous poussons notre avantage dans la région en ce dimanche 2 avril 2006 et décidons de faire le siège d’Ampuis et de Cornas. Cole Kendall, arrivé une poignée d’heures avant de Washington, choisit le délicat millésime 1996 (qui doit permettre d’apprécier le vrai talent des vignerons). Les provisions de bouche sont à portée de main. Le carré est formé avec Cole K., Laurent L., Christian P., Daniel G., Thien H.T., Philippe C., Marie S. et moi-même personnellement (Pierre-Alain B.).
Fait-la-bouche : gendarme, viande des Grisons, Andouille de Vire & jambon de cul noir de Bigorre + Montlouis Stéphane Cossais 2004 Maison Marchandelle (11 euros*) + Touraine-Amboise Damien Delecheneau 2004 Bel-Air. La table est richement garnie car Philippe C. est un garçon de confiance qui sait s’investir dans les sujets importants. On commence avec le Delecheneau (6 euros*). La marque de fabrique du Paganini d’Amboise est bien là, avec un vin vraiment impeccable. La matière est fraîche, pure, douce, acidulée à souhait et doté d’un joli fruité. Le rapport q/p est remarquable.
Avec le Montlouis, on monte en gamme, en complexité et en acidité. La matière encore plus fraîche, plus tendue et aussi plus travaillée. Dès la seconde gorgée, le vin déploie une profondeur certaine, bien agréable. Le travail du Stéphane Cossais, dans un millésime difficile, est vraiment remarquable et remarqué. La visite aux deux domaines s’impose aux mal-connaissants.
Before : risotto aux asperges et aux petits pois + Anjou Richard Leroy 2004 Clos des Rouliers (14 euros*) + Anjou Richard Leroy 2004 Noëls de Montbenault (16 euros*). L’Anjou blanc et le risotto font très bon ménage. On sert les deux vins. Tout un chacun loue le très haut niveau de la partie, puis le jeu des comparaisons s’amorce. Une majorité de plébéiens, déjà sévèrement pris de boisson, se porte sur le Rouliers pour sa pureté et sa fraîcheur (c’est leur bon sens populaire qui s’exprime). Une minorité d’experts des deux bords de l’Atlantique, hautement qualifiés et à la posture patricienne, souligne la profondeur et la classe du Montbenault, ce dernier étant servi par un terroir d’exception.
Sur ce, Cole K., qui suit au plus près l’actualité du tgjp, nous interroge sur la suite de l’affaire des 1000 euros. Thien H.T. confirme que Pierre C. est honteux d’être toujours bredouille et se terre dans une lointaine banlieue. Laurent L. observe, sans sourciller, que nous allons devoir nous résoudre à apprêter notre risotto avec une truffe chinoise. Je clos le débat en soulignant que nous avons été ballots de remettre notre destin, entre les mains d’un caviste alcoolique et mauvais payeur.
Plat de résistance : poitrine de veau roulée au romarin & sa purée de céleri aux olives + Côte Rôtie Jamet 1996 (18 euros*) + Côte Rôtie Jamet 1996 Côte Brune (27 euros*) + Cornas Allemand 1996 Les Chaillots + Cornas Allemand 1996 Les Reynards. La poitrine de veau, le romarin et les syrah un peu évolué du nord s’associent avec grandeur. On verse les deux Côte-Rôtie. Les nez sont très expressifs et vraiment séduisants. Dotés de bouches superbes, ils font mentir le dicton, « vin de nez, vin de niais ». Les matières sont classiques, denses mais élégantes, sans austérité, fort complexes, joliment évoluées et dotées de finales remarquables. La fraîcheur est au rendez-vous, assistée d’une maturité de raisin un poil juste. La Côte Brune se distingue dans tous les compartiments du jeu et affiche une classe vraiment exceptionnelle. Les vins sont totalement secs (aucun sucre résiduel) et l’acidité originelle assez mordante, signature du millésime, est un peu atténuée.
Pour se remettre de tant d’émotions et aborder sereinement la 2ème vague, on fait les niveaux dans les assiettes. Les deux Cornas rencontrent eux-aussi un très large succès. La comparaison avec les Jamet n’a pas de sens car il s’agit vraiment d’une autre expression de syrah. Les vins semblent logiquement plus sudistes, réalisés avec des raisins plus mûrs, séducteurs, avec de superbes fruités, toujours intacts 9 ans après la vendange, une plus grande générosité et enfin, une pointe de sucre résiduel qui finit d’arrondir l’ensemble. En revanche, ils semblent s’inscrire dans une évolution assez linéaire. Sans surprise, le Reynard domine avec une matière plus tendue et encore plus classieuse.
After : fromages & nage de fruits exotiques et de printemps à la citronnelle + Montlouis Stéphane Cossais ½ sec 2003 Cloclotte. La nage de fruit, toute pleine de saveurs et d’épices, ne laisse aucune chance au ½ sec.
(*) tarif départ propriété
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